Il était une fois les sourires des enfants

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A notre arrivée à l’orphelinat, nous sommes accueillis par Sabine. C’est une femme d’origine allemande qui s’occupe des enfants depuis maintenant dix ans. Elle travaillait comme médecin et psychologue en Allemagne quand elle a choisi de tout quitter et de venir s’installer en Thaïlande. Elle est mariée avec un homme birman, ils ont deux enfants: Elisabeth, dite “Lili Wah” (wah signifie “blanche”) 10 ans, et Sébastien dit “Boubou” 8 ans. J’ai oublié de préciser que Sabine parle français!

Sabine accueille sept enfants birmans âgés de 4 à 10 ans, orphelins ou abandonnés par leurs parents. Ils sont tous arrivés lorsqu’ils étaient bébés et resteront jusqu’à leur majorité ou plus avec elle. Sabine les considère comme ses propres enfants, elle leur a donné des prénoms “européens” qui existent aussi dans leur culture ethnique (les Karens). Ca tombe bien pour nous, car les prénoms thai ou birmans sont bien difficile à mémoriser!

Ces enfants ne peuvent pas être officiellement adoptés car ils n’ont pas de papiers. A l’âge de 16 ans, si la loi reste la même, ils pourront prétendre à la nationalité thaïlandaise, car malheureusement, à l’heure actuelle, il n’y a pas beaucoup d’avenir possible en Birmanie pour eux.

Le jour de notre arrivée Sabine a accueilli deux nouveaux enfants qui resteront avec elle jusqu’à ce que leur mère accouche. Poutou, le petit garçon en jouant avec des bougies aurait mis le feu à sa maison qui serait complètement détruite. La mère, accompagnée d’un de ses frères vient rendre régulièrement visite aux enfants, et apporter des habits et de la nourriture.

Le lendemain, Sabine accueille une femme birmane et son bébé.

Sabine prend en charge quatre personnes en plus, ça peut sembler dérisoire, mais l’orphelinat ne perçoit aucune aide de l’Etat pour perdurer, l’argent est donc une préoccupation de tous les jours.
L’argent reçu provient de dons privés (le plus souvent d’anciens volontaires), de des comptes personnels de Sabine, et de la participation des volontaires. En effet dans les pays en voie de développement, les volontaires participent aux frais de nourriture et de logement (ici, c’est 5euros/jour/pers).

Sabine cuisine des quiches qu’elle vend lors des soirées cinéma en ville. Elle fabrique et vend également du savon bio. Mais les revenus restent limités pour subvenir aux besoins de cette grande famille.

La maison est modeste, elle est construite sous un abri en tôle. Les murs sont en terre et s’arrêtent bien avant d’atteindre le toit.

Les conditions de vies sont très rudimentaires: toilette turque avec chasse d’eau manuelle (comprendre “au seau d’eau”), douche à l’eau froide (en fait, un tuyau d’arrosage qu’on branche au robinet), mais comme il fait souvent chaud, ça ne pose pas trop de problèmes.

La maison est typiquement birmane, c’est à dire sans meuble, table ou lit, les enfants dorment sur des nattes posées au sol et mangent assis par terre.

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Notre chambre basique apparait alors comme bien confortable. Sabine prend soin des volontaires en aménageant à “l’occidental” leur lieu de vie avec tables, chaises, sans oublier l’indispensable hamac local!

Nous partageons notre chambre avec des grenouilles en hibernation dans le tiroir d’une ancienne machine à coudre:

Nous sommes vraiment impressionnés par l’autonomie des enfants qui exécutent seuls toutes les tâches du quotidien: service des repas, douche, habillage…les plus grands aidant les plus petits. Ils jouent de longues heures sans surveillance active et sans (gros) conflits.

Mais comment s’organise une journée à l’orphelinat?

La journée commence tôt, les premiers enfants se réveillent au lever du soleil, et nous aussi pas la même occasion! De toute façon, les coqs de la basse-cour ont déjà chanté tout ce qu’ils pouvaient. Les enfants viennent se servir eux même leurs petits déjeuners dans la cuisine. Les canards ne sont jamais loin, au cas où un morceau tombe:

Pour le petit déjeuner, Sabine nous fait goûter tout un tas de douceurs birmanes. Notre douceur préférée est un beignet surmonté d’une fine couche de caramel! (désolée, pas le temps de les prendre en photo qu’ils sont déjà mangé!)

C’est souvent Benter qui prépare le thé. Vu qu’elle ne va pas à l’école, elle aide souvent en cuisine à la préparation des repas. Elle prépare très bien le thé birman: un thé noir assez fort mélangé a (beaucoup) de lait concentré. Elle nous concoctera aussi un délicieux thé au gigembre, efficace quand on est un peu malade.

Les enfants partent à l’école vers 7h30 et reviennent vers 16h. Ils emmènent leurs currys (nom donné à tous les plats accompagnant le riz), le riz blanc étant fourni par l’école.

Pendant les vacances ou le week-end, le repas de midi se prend entre 11 et 13h. Nous goûterons un grand choix de curry et de plats d’origines birmanes, pour le plus grand plaisir de nos papilles. Dans la culture birmane, les enfants ne mangent pas avec les adultes, et il est malvenu qu’ils dérangent les adultes pendant le repas.

Après le repas, c’est temps calme (sieste pour les plus petits et les plus grands comme moi 😉 ). Dehors le soleil tape fort!

Dès 16h on profite de la “fraicheur” avant la nuit qui tombe à 18h, pour jouer ou aller se balader au pont près de la rivière, un endroit très apprécié par les enfants, et lieu de rencontre des ados du coin, qui ne se font pas prier pour sauter du pont.

Les enfants prennent leurs douches avant que la nuit tombe. Après le repas du soir, chacun vaque à ses occupations, les enfants sont encore une fois très autonomes, les grands couchant les petits.

Les enfants sont en vacances pour la fin de l’année. Les dates diffèrent selon les écoles.

Les plus grand sont en vacances le mardi 18 décembre, après une journée “olympiades” à laquelle nous les avons accompagnés.

L’ambiance est particulière: très solennelle lors de la montée (et de la descente) du drapeau thaïlandais avec diffusion de l’hymne national, rituel que les enfants exécutent chaque jour.

Puis les enfants rejoignent leurs places respectives en rang serré:

L’ambiance se détend nettement (peut être un peu trop) lorsque l’épreuve de danse commence. Les filles portent des habits plus ou moins traditionnel, sont maquillées et dansent. Pour être honnête c’est un peu trop suggestif à mon goût.

Nous écarquillons encore un peu plus les yeux quand les profs se déhanchent avec leurs élèves façon boite de nuit à Bangkok sur le tube du moment “gangnam style” qu’on entend partout.
Je me demande un instant ce que les parents penseraient du spectacle. Nous sommes d’ailleurs les seuls “parents” qui ont fait le déplacement, on se demande si nous étions vraiment conviés…

Heureusement pour nous, les épreuves sportives reprennent rapidement le dessus, et “nos” enfants se débrouillent plutôt bien.

Charlotte arrive première au relais:

Nous restons jusqu’à midi avec les enfants qui semblent apprécier notre présence vu qu’ils ne nous quittent pas d’une semelle. A la fin de la journée, c’est les vacances pour les plus grands!

En revanche les plus petits devront attendre samedi, après le traditionnel spectacle de fin d’année, que nous n’aurions manqué sous aucun prétexte! Nous nous y rendons avec tous les enfants même si ce n’est pas leur école.

L’ambiance est totalement différente, la salle de classe, bien décorée, est bondée de parents et d’enfants qui restent sagement assis. Déjà lors des olympiades, la discipline et le silence des élèves nous avaient étonnés.

Un professeur qui a remarqué notre présence nous traduit en anglais les différents discours. Nous assistons à des chants et des danses sympathiques, ainsi qu’à une libre interprétation de l’histoire de Jésus.

Pour clôturer la matinée, un professeur prend sa guitare et chante avec tous les enfants.

Un grand repas est distribué aux enfants et aux invités à l’issue du spectacle. Parmi les plats, nous reconnaissons le “mohinga” plat typiquement birmans, signe d’une certaine intégration et reconnaissance de la culture birmane dans cette école.

Ça y est, c’est les vacances pour tout le monde, ce qui laisse beaucoup de temps pour être ensemble. Nous préparons notamment la fête de Noel, en décorant avec les moyens du bord. Avec Sabine, nous cuisinons beaucoup de petits gâteaux et de chocolats que nous offrirons aux enfants le jour J.

Nous sommes ravis de l’arrivée de deux nouveaux volontaires, Mégane pour une journée, et Gilles pour trois jours. Nous apprécions de pouvoir échanger nos impressions sur cette expérience et ne manquons pas de refaire le monde jusqu’à tard dans la nuit!

Bref, revenons en à nos moutons de Noël: le sujet délicat des cadeaux. Par tradition en France, nous offrons des jouets aux enfants, mais à l’orphelinat, les jouets ne sont pas vraiment la priorité. D’autant plus que ceux que nous pouvons acheter sur place sont d’une très mauvaise qualité. Les enfants ont besoin d’habits et de chaussures, qu’il perdent très régulièrement (a peu près toutes les semaines!!) Du coup, ils marchent le plus souvent pied nus.

Après réflexion avec Sabine, nous optons pour des vélos : réparations de ceux défaillants et achats de deux nouveaux bolides d’occasion. Les vélos nous semblent être un bon choix, d’une part parce que c’est quand même ludique, et d’autre part parce que c’est utile! Il n’y a pas à proprement parlé de ramassage scolaire même si il existe des “school-car”, le vélo est donc indispensable pour aller à l’école.

Nous offrons nos bicyclettes le soir du réveillon de Noël, les enfants sont ravis, car ils ont chacun un vélo maintenant. Nous distribuons aussi les livres en anglais que nous avions eu tant de mal à trouver.

Micky un autre volontaire qui réside en Thaïlande depuis un an et qui vient régulièrement rendre visite aux enfants a choisi d’acheter des jeux. Même si ce n’est pas le plus urgent, même si nous passerons les jours suivants à ramasser les jouets éparpillés et cassés tout autour de la maison, les sourires et les regards des enfants en découvrant les paquets cadeaux et leurs contenus est vraiment un moment magique:

Si pour le réveillon de Noel, nous avons mangé typiquement birman, le jour de Noël, c’est cuisine occidentale: canard à l’orange et spätzle (pâtes alsaciennes et allemandes), un délice! Le tout arrosé d’un vin thaïlandais qui n’a rien de comparable au vin français, mais qui fait tout de même plaisir. C’est sous un joli coucher de soleil et à côté de notre arbre de Noël (cherchez bien sur la photo et vous verrez des guirlandes!) que nous dégustons notre canard de Noël.

Ce que je ne vous ai pas raconté, c’est que nous avons failli ne jamais manger de canard: deux jours avant Noël, le canard que nous étions sensés déguster, et qui était gardé par le voisin, a été volé.
Heureusement (sauf pour le dit-canard), la basse-cour de Sabine est bien fournie, et nous lui trouvons un remplaçant. Sabine nous racontera qu’il y a quelques années c’est un troupeau entier de vache qui a été volé! Pour éviter de nouveau vol, nous ajoutons dès lors à nos missions quotidienne celle de faire rentrer les canards à la tombée de la nuit, ce qui n’est pas une mince affaire!

Les jours se suivent mais ne se ressemblent pas: entre un brin de nettoyage, les lessives et le quotidien, Nicolas trouve l’occasion de tomber dans la mare au canards avec son vélo! J’ai juste le temps de sortir de la douche pour l’apercevoir: plus de peur que de mal, mais c’est douche pour tout le monde lui, moi, et le vélo!
Ci dessous, à gauche, le lieu du crime quelques jour plus tard: la mare est presque asséchée. Dommage que Nicolas n’ai pas patienté jusque là!

Pierre accomplit plusieurs travaux de ciment et construit une cage de luxe pour les canetons! C’est un véritable élevage, deux portées qui se suivent avec plus d’une douzaine de bébés canards à chaque fois. Trop mignon!

Chacun s’occupe comme il en a envie: Sophie teste ses jouets de Noel au bord de la rivière:

Pierre apprend à Dominique à jongler avec des balles qu’ils ont fabriqués avec des ballons de baudruches et du sable (merci les colos!)

Timothée, dit “Chocolate” quand à lui préfère jouer avec les chiots:

Felix encore trop petit pour pédaler tout seul a trouvé un chauffeur:

Les deux semaines touchent à leur fin, il n’est pas évident de poser les mots pour partager les émotions d’une expérience aussi riche et intense.

Au delà des sourires et des échanges si gratifiants avec les enfants, il me semble important de dire aussi que ces enfants ne sont pas toujours des anges, comme n’importe quel enfant qui a vécu des choses difficiles (maltraitance, abus sexuel, abandon, déficience, maladie…).
Les conditions de vie sont aussi très rudimentaires et contrastent de manière importante avec nos notions occidentales d’hygiène, de confort, de prendre soin, etc.

Sabine a effectivement beaucoup à faire pour s’occuper de cette grande famille, ce qui nécessite de prioriser les choses, surtout quand on est quasiment seule pour effectuer ces tâches. Et parfois, même les choses qui paraissent urgentes doivent patienter.

Par exemple, nous avons essayer de faire comprendre aux enfants l’importance de ne pas jeter les déchets partout. Mais là où se situe l’orphelinat il n’existe pas de collecte de déchets. Tous les déchets sont rassemblés à quelques mètres de la maison, en attendant d’être brulés. Sauf que lorsque l’attente est trop longue, le vent, les chiens, chats, poulets, canards et enfants piétinent les déchets qui se repartissent alors partout autour de la maison. Difficile dans ces conditions de faire utiliser les poubelles.

En tout cas, les enfants ont une vraie chance d’avoir été recueillis par Sabine, ils sont en sécurité, en bonne santé, mangent à leur faim, et à en juger par leurs sourires ont vraiment l’air heureux!

Cette rencontre avec les enfants et Sabine est à n’en pas douter parmi les souvenirs forts de notre voyage.

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