Les mains dans l’argile

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Nous revoila engagé pour un nouveau volontariat. Et oui, on a tellement aimé les différentes expériences qu’on a eu précédement (Ferme au Chili, famille en Australie, orphelinat en Thaïlande), qu’on en redemande! Cette fois ci il s’agit de construction à base de matériaux naturels, un sujet qui m’intéresse particulièrement.

Le centre de construction DinDang a pour but de promouvoir les techniques traditionnelles et écologiques de constructions de bâtiments en glaise dans la région de Phato, au sud de la Thaïlande.

Le projet a débuté au cours de l’année 2007 et fonctionne avec l’aide de thaïlandais et de volontaires internationaux. Le but est de fonder un centre éducatif où toutes personnes intéressées par les techniques de constructions traditionnelles pourront apprendre et partager leurs savoirs. DinDang est un mot thaï, qui signifie “terre rouge”, du fait de la couleur de la glaise utilisée pour l’élaboration des bâtiments.

Après un long périple depuis le Laos, nous arrivons chez Bow le responsable du projet. Nous sommes heureux de découvrir que nous ne sommes pas les seuls volontaires puisqu’il y a déjà une anglaise, un italien, une française, un canadien présent depuis plusieurs semaines, ainsi qu’un autre français, et deux canadiens qui arrivent avec le même bus que nous.

Nous logeons dans une grande maison en bois qui peut accueillir une quinzaine de volontaires, à coté de la maison familiale de Bow. Nous sommes quasiment dans la jungle, la vue est magnifique et la grande terrasse permet d’en profiter au maximum.

Le site du projet se trouve à une vingtaine de minutes à pied, le chemin traverse la foret puis une petite rivière. On a vu pire comme trajet pour se rendre au boulot !

Le terrain a été offert à Bow par une autre association qui essaye de développer la permaculture et développe des actions en lien avec l’éducation des enfants (Thaï Childhood Development Center). Bow y a travaillé de nombreuses années avant de démarrer son propre projet il y a cinq ans.

Le site est idéalement situé près d’une rivière ce qui permet de trouver facilement certains matériaux de construction (sable, pierres) et de l’eau. Il est déjà bien aménagé, plusieurs bâtiments ont été construits par les précédents volontaires : quatre petites maisons, un kiosque, une école, une salle à manger avec cuisine.

Nous commençons par apprendre à faire l’adobe, le matériau de base. On mélange dans un grand trou de l’argile, de la paille et de l’eau, puis on piétine le tout pendant un bon moment (jusqu’à ce que le soleil et la chaleur nous oblige à faire une pause en fait!).

Nous l’utilisons pour réaliser le sol du deuxième étage de la bibliothèque, un nouveau bâtiment construit par les précédents volontaires.

Nous appliquons également une couche de finition sur les murs de la bibliothèque. Elle est composée d’un mélange d’eau et de tapioca chauffé, auquel on ajoute du sable. Une fois appliquée, cette couche forme une sorte de vernis naturel.

Voici ce que ça donne avant (à droite), et après (à gauche) :

Bow nous apprend également des choses sur la nature qui nous entoure. Il nous fait découvrir des plantes rigolotes qui se referment quand on les effleure ou qui explosent quand on les mouille!

Il nous explique également tous les usages que l’on peut faire du bananier, de la fleur au tronc (les deux se mangent!), en passant par la sève qui permet de faire cicatriser des plaies, et bien sûr les feuilles (pour cuisiner) et les fruits.

Le vendredi matin nous allons faire un tour au marché de Paksong. Bow nous fait découvrir le sticky rice : du riz collant cuit avec du lait de coco dans un bambou. Délicieux!

De retour au boulot, nous commençons la construction d’un gros four en argile dans l’idée de pouvoir y faire cuire des pizzas. Nous construisons une solide fondation ainsi qu’un premier étage.

Le lendemain, le four aura tout le loisir de sécher tranquillement puisque nous ne travaillons pas pour cause de “free-food festival” ! Ça se passe à Patho, à 20km d’ici. C’est un évènement financé par le gouvernement pour promouvoir le tourisme dans cette contrée reculée. La journée est marquée par des descentes en rafting auxquelles nous participons. Seulement, la notion de rafting n’est pas la même ici qu’en France…Il s’agit en fait de radeaux en bambou, sauf que le bambou a été remplacé par des tuyau de PVC! On ne peut pas vraiment parler de sport extrême non plus en ce qui concerne les rapides…Je me suis déjà fais plus peur en descendant l’Ardèche en canoë 😉

Malgré tout l’activité est bien agréable et la paisible descente se transforme rapidement en combat de joutes.

De retour au sec nous allons applaudir Bow qui donne un concert avec un petit groupe d’ami. Mais le moment fort de la journée arrive à 17h avec l’ouverture du “free food festival”. Le concept est simple, l’achat d’un bol à 0,75€ permet ensuite de se balader dans tout le festival et d’être servi gratuitement dans chaque stand de nourriture. Autant dire qu’il vaut mieux avoir l’estomac costaud!

Nous testons des dizaines de spécialités avec parfois quelques surprises, notamment une salade papaye… “not spicy” selon la cuisinière, là encore la notion de piquant n’est pas la même en Thaïlande qu’en France !

Un petit bout de peau de porc grillée pour faire passer tout ca?

Après une petit pause digestive nous retournons arpenter les stands dont l’accès devient de plus en plus difficile à cause du monde (environ 4000 personnes). Finalement, les meilleurs stands commencent à être à cours de provisions, et ce n’est pas plus mal car nous avons déjà mangé trois fois plus qu’il n’en faut!

Notre efficacité au travail s’en trouve bien diminuée le lendemain matin, heureusement, c’est le dernier jour de la semaine.

Nous nous plaisons vraiment à DinDang. Nous apprenons plein de choses chaque jour sur l’écologie, la construction, la nature que ça soit avec Bow ou avec les autres volontaires qui sont pas mal calés en la matière. Mais c’est surtout la super ambiance qui règne dans le groupe qui nous décide de prolonger notre séjour d’une semaine supplémentaire. Nous serons restés au total plus de 2 mois en Thaïlande…à croire que ce pays nous plait bien !

Seul petit hic, notre visa expire dans quelques jours. Mais par chance on se trouve pas loin de la frontière avec la Birmanie ce qui nous permet de le renouveler facilement. Un petit tour en bateau depuis Ranong nous emmène jusqu’au poste d’immigration birman (Victoria point) et un billet de 10$ par personne nous permet d’avoir le précieux tampon.

De retour à Ranong, Bow invite tout le groupe au restaurant. Un buffet à volonté, et un volcan sur des braises permettent à chacun de faire sa petite popote puis de se régaler. Décidément, je vais peut être réussir à prendre quelques kilos après ces deux semaines.

Après une seconde journées de repos, nous reprenons le travail pour une semaine. Deux nouveaux volontaires nous rejoignent (un français et une allemande).

Nous poursuivons la construction du four. La méthode est simple mais efficace : on dispose un tas de sable en dôme qui constitue le foyer. On le recouvre d’adobe pour construire les parois puis une fois sec, on pourra enlever le sable:

Géraldine, elle, se met à la peinture avec Marion. Marion a concassé des pierres pour fabriquer de la peinture 100% naturelle! Le bleu en revanche lui est “chimique”.

Elles décorent l’intérieur de la bibliothèque ainsi qu’un banc. Elles réalisent aussi des drapeaux avec des habits de récupération afin de rendre la bibliothèque plus attrayante pour les enfants.

Le second gros chantier de la semaine concerne la galerie. Nous modifions un peu la structure du toit pour le rehausser à certains endroits car on s’aperçoit qu’il est vraiment bas pour les personnes non thaï 😉 (et pas seulement pour moi)

Nous nous occupons aussi de faire le nivellement pour le sol en essayant de prévoir une évacuation correcte pour les eaux de pluie car en saison humide, ça tombe fort! Nous réalisons les fondations en pierres et en béton.

Bow nous montre une technique simple mais très efficace pour faire du béton sans bétonnière ni brouette. C’est la technique du volcan:

En fin de semaine, Bow nous donne un cours de thaï pour débutant. C’est pas si compliqué finalement, dommage que nous apprenions tout ça quelques jours avant de quitter le pays.

Nous nous accordons également une après midi libre pour aller visiter une cascade avec tous les volontaires. Il faut 2h de marche pour l’atteindre mais les efforts sont récompensés. C’est de loin la plus belle cascade que j’ai vu en Thaïlande, je n’imagine même pas ce que ça doit donner pendant la saison des pluies.

Le plus c’est que l’on peut s’y baigner, ce qui n’est pas désagréable après 2h de marche par 30°C.

Pour le retour nous avons la chance de tomber sur un camion qui nous charge tous dans sa benne.

Nous finissons la deuxième semaine de boulot par un peu de menuiserie. Nous construisons des bac à fleurs pour planter des herbes aromatiques. Je m’écrase le doigt avec un coup de marteau, mais heureusement je n’en ai plus besoin puisque notre séjour à DinDang se termine.

Pour la dernière soirée tous ensemble, nous nous rendons à Ranong pour le marché du dimanche soir. Tout le monde monte à l’arrière du pick-up, puisque c’est le moyen de transport traditionnel ici.

Nous espérons profiter des festivités du nouvel an chinois. Finalement nous profitons surtout des stands de nourritures envahissants toutes les rues de la ville. J’en profite pour enfin goûter les insectes. Pour commencer en douceur je teste les criquets car j’ai peur de trouver les larves un peu écoeurante !

C’est assez croustillant et salé…pas mal pour l’apéro! Il parait que c’est bon pour la santé et c’est une bonne source de protéines, mais bon, ça ne vaut pas une bonne côte de boeuf!

Nous finissons la soirée en buvant quelques verres dans un bar, avant de rentrer en contemplant les étoiles depuis l’arrière du pick-up.

Nous avons vraiment passé deux semaines géniales. Personnellement, cela m’a ouvert les yeux sur les possibilités de la construction naturelle. Certes les méthodes de constructions sont souvent très gourmandes en temps et en mains d’oeuvres, mais vraiment économiques. Bien-sûr elles doivent également être adaptées à chaque pays, mais même en France il est possible de construire une maison pour quelques milliers d’euros si vous avez du temps devant vous!

Merci à Rory et Nico pour leurs photos utilisées dans cet article.

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